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L’enrichissement du football n’enrichit (presque) que les clubs les plus riches : la preuve

November 11, 2015

C’est un graphique parmi de nombreux autres publiés dans un rapport de l’UEFA qui n’en manque pas [1], mais qui, à lui seul, résume avec une efficacité particulière le phénomène majeur du football européen des vingt dernières années: l’enrichissement spectaculaire des clubs les plus riches, le creusement continu des écarts de richesse entre une oligarchie composée d’une quinzaine de clubs, efficacement verrouillée, et tous les autres.

On en connaît les causes et les mécanismes, multiples et accumulés [2], et l’on peut prendre la mesure de leurs effets, sur les résultats (par exemple au travers de la présence des mêmes clubs dans les derniers tours de la Ligue des champions), mais aussi sur les revenus générés grâce à cette présence au sommet de la hiérarchie sportive et médiatique. Ce sont justement ces revenus commerciaux et de sponsoring dont l’UEFA a mesuré la croissance entre 2009 et 2014, en constatant à quel point cette croissance a profité outrageusement aux clubs qui avaient déjà l’avantage sur ce plan-là.

UNE DOUZAINE DE “SUPER-CLUBS GLOBAUX”

Ce sont ainsi 1,4 milliard d’euros de revenus supplémentaires que le top 20 des clubs a engrangés (une hausse moyenne de 108%), quand les 80 autres se partageaient 250 millions (+17%) – soit autant que ce qu’a encaissé le Real Madrid (ou Manchester United) à lui seul. Encore cette croissance se concentre-t-elle parmi les quinze premiers clubs, et est-elle marginale pour ceux classés de 50 à 100.

« Il y a seulement dix ans, constate le rapport, le sponsoring et les revenus commerciaux se résumaient essentiellement au sponsoring du maillot et aux contrats avec les équipementiers, à un peu de merchandising et à un petit nombre contrats de sponsoring local. Cela reste le cas pour la grande majorité des clubs, mais pour la douzaine de “super-clubs globaux”, les partenariats commerciaux et de sponsoring se développent et sont désormais segmentés en contrats toujours plus nombreux et plus lucratifs. »

En l’absence de systèmes de redistribution des ressources, ou de régulation des compétitions pour en assurer l’équité sportive et l’ouverture, la création d’une élite médiatique et sportive internationalisée a donc conduit celle-ci à capter l’essentiel des nouveaux profits économiques.

Les auteurs du rapport précisent que cela a été rendu possible par l’expansion continue des “fan bases” des clubs sur de nouveaux marchés internationaux, expansion alimentée par la présence de joueurs stars, les tournées internationales et une présence régulière en Ligue des champions. Sans aller jusqu’à admettre que le premier et le troisième de ces facteurs (et tous les autres non mentionnés) ne résultent pas tout à fait d’un processus naturel, ni que la notion de mérite sportif n’est que très marginalement à l’œuvre dans ce processus de sélection…

[1] On en a exploité une partie dans le précédent article sur les prix des abonnements et des billets de match.
[2] La concentration des meilleurs joueurs rendue possible après l’arrêt Bosman, l’adoption de formules de compétition favorisant les effectifs les plus riches (dont la Ligue des champions est l’archétype), les clés de répartition des droits de diffusion (au sein de chaque championnat comme au niveau européen), l’indemnisation de la mise à disposition des internationaux pour les sélections, etc.




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